La folie est de se croire parfaitement normal et de regarder son voisin comme l'illustration la plus parfaite du monstre.
La folie est de se croire parfaitement normal et de regarder son voisin comme l'illustration la plus parfaite du monstre.
Feutre pinceau sur papier
aquarelle Fabriano, 17,5 x 17,5 cm - 2012.
Des histoires qui malmènent le corps et la Nature.
Je trouve que le cinéma d’hier comme celui d’aujourd’hui offre de beaux exemples de « métamorphoses ». Par exemple, chez David Cronenberg, un homme après s’être télé-transporté grâce à une invention géniale se change lentement en mouche... Dans "Mimic" de Guillermo del Toro, un insecte baptisé Juda, fabriqué en laboratoire pour enrayer une épidémie tueuse d’enfants, imite son plus grand prédateur, l’homme... Une femme, persuadée de descendre d’une lignée de femmes maudites, craint de se changer en panthère nous raconte Jacques Tourneur dans son film fantastique "La féline"... Enfin, chez Joe Dante et son film "Hurlements", des femmes et des hommes réunis dans un lieu thérapeutique appelé « la Colonie » se révèlent être tous, en réalité, des loups-garous.
"La mouche" de David Cronenberg
Distr. : 20th Century Fox - 1986 - Interdit aux - de 12 ans
Remake du film "La mouche noire" de Kurt Neumann sorti en
1958, "La mouche" raconte l'histoire d'une expérience qui tourne mal. Seth Brundle (Jeff Goldum) expérimente la télé-transportation. Il est suivi dans ses recherches par la journaliste Véronica
Quaife (Geena Davis) dont il tombe follement amoureux. Un soir, un peu saoul, il tente l'impensable, se télé-transporter lui-même. Mais durant l'expérience, une mouche s'est introduite avec lui
dans le caisson...
Chacune de ces fictions apporte sa propre définition de la métamorphose, irrite la rétine ou soulève le cœur - et si on se permet d’aller plus loin que les effets visuels remarquables pour l’époque qui les a vus naître - des questions d’ordre éthique, psychanalytique, éthologique… Ces fictions d’ailleurs introduisent elles-mêmes la propre explication aux transformations que subissent leurs protagonistes ou l’environnement dans lequel ils évoluent, comme une mise en abîme ou un avertissement. On apprend ainsi que le loup-garou représenterait en fait au regard de la psychanalyse une forme métaphorisée des pulsions incontrôlées. L’homme réduit à son état le plus primitif serait l’expression d’une forme archaïque de la conscience... Le "Juda", tout en étant une forme de vie "mutante", conserve le comportement de l’insecte dont il est issu. Grégaire, il cherche à se reproduire et pour se protéger, montre un instinct de survie comparable à n’importe quel insecte en danger dans son environnement : sans conscience, rapide, brutal…. Dans le film de Cronenberg, le scientifique Seth Brundle va périr sous le coup de son orgueil. Il scelle son destin au moment où il décide de devenir son propre cobaye, balayant d’un seul geste ses premières craintes, à la fois grisé par son propre pouvoir et son enthousiasme de chercheur. Et c’est en suivant la description chirurgicale que fait le réalisateur des différentes étapes de sa mutation et qui atteint son paroxysme quand la tête de notre héros est arrachée faisant place à une forme bizarre aux yeux globuleux et poilus, qu’on se demande : Pourquoi ? Est-ce qu’on doit manipuler le vivant parce qu’on le peut ?
"Mimic" de Guillermo del Torro (USA)
Distr : Dimension Film / Miramax Film - 1997
New York. Susan Tyler (Mira Sorvino), une brillante entomologiste et généticienne et son mari Peter Mann (Jeremy Northam) conçoivent une espèce nouvelle d’insectes afin de décimer la population des cafards ordinaires responsables de la mortalité foudroyante des enfants. Conçu stérile et programmé pour ne durer que très peu de temps, le "Juda", trois après la fin de la maladie, réapparait dans les égouts de la ville…
Le film de J. Tourneur est quant à lui complexe à mes yeux. Difficile en effet de déterminer avec assurance s’il s’agit d’illustrer, grâce à une mise en scène subtile et des effets spéciaux inédits, la cruelle malédiction qui pèse sur les jolies épaules d’ Irena Dubrovna, d’évoquer une forme de folie ou de fragilité mentale, ou simplement de parler d’une manière poétique de la nature animale de la femme. Je crois cependant que toute la force d’un sortilège réside dans le fait que sa victime y croit. Alors, y aurait-il eu suggestion au moment où notre héroïne croise le regard de la belle femme au visage de chat, regard qui envoûte pareillement le spectateur ? Est-ce parce que la jeune femme croit être de nature féline qu’elle devient une panthère ?
"La féline" de Jacques Tourneur (USA)
RKO - 1942
Kent Smith (Olivier Reed) et Irena Dubrovna (Simone Simon) se rencontrent dans un zoo. L'homme est immédiatement séduit par cette femme étrange. Celle-ci ne cède pas facilement aux charmes du bel ingénieur. La jeune femme porte en effet un lourd secret qui perturbe sa vie amoureuse : elle doit éviter tout mouvement de jalousie, excès de colère ou sentiment de haine, au risque de se changer en panthère. Malgré cette excentricité, Kent la demande en mariage. Irena se refuse pourtant à lui et est envoyée consulter un psychiatre qui tente de la convaincre de sa normalité...
Je me suis fait un réel plaisir de revoir ses quatre films pour les besoins de mon étude des peurs liées au corps, tant d'un point de vue littéraire qu'artistique. Je m’intéresse notamment à ce qui fonde l’effroi face aux modifications visibles dont il fait l’objet volontairement ou non, et cherche à savoir ce qui crée la peur (le dégoût, l’horripilation et l’inquiétant.) Bien plus, j’aime dans ces oeuvres la puissance des images, cette capacité du cinéma à donner corps à l’impossible, au merveilleux, ou à l’horreur : les combinaisons contre nature, le passage d’un genre à un autre, la putréfaction de la chair, les formes mutantes... Je suis également sensible aux idées qui me semblent les traverser, comme celle de l’esprit triomphant sur le corps dans "La féline ", le ça sur le surmoi dans "Hurlements", le hasard et l’imprévisible damant le pion au sacro-saint savoir de la Science dans "La Mouche" ou "Mimic"… qui sont pour moi autant de facettes d’un même sujet : la condition humaine.
"Hurlements" de Joe Dante (USA)
Distr. UGC Distribution - 1980 - Interdit aux - de 12 ans
Los Angeles. La journaliste Karen White (Dee wallace) accepte pour les besoins d’une enquête sur des meurtres sanglants, de rencontrer l’auteur présumé de ces crimes, un certain Eddie Quiest (Robert Picardo) dont elle reçoit régulièrement les appels.
La police qui s’est engagée à suivre sa trace la perd ; Karen se retrouve seule au lieu du
rendez-vous, un minable Sex Shop. Dans la cabine, Eddie lui révèle la fascination qu'il a pour elle et alors qu’elle s’attend à découvrir enfin son visage, elle ne perçoit qu’une ombre
rugissante dont elle échappe de justesse. Traumatisée, elle part à "la Colonie" se reposer sur les recommandations du docteur George Waggner (Patrick Macnee)...
Que dire finalement de cette « représentation » du corps à l’aune de ces quatre histoires ? Le corps n’est qu’une enveloppe fragile qui renferme une nature compliquée, en tension permanente, sur le qui-vive. Le corps humain n’a rien d’inviolable ou de sacré, il doit mourir et faire place à autre chose. Combinaison entre deux mondes voisins, il devient un monstre surhumain. Ensuite tout changement apporté à la nature des choses est dangereux et irréversible. Le refus de l’homme face à sa propre monstruosité le condamne à la folie ou à la mort. Enfin, la supériorité de l’Homme semble mise en défaut.
Grand manipulateur du réel et laboratoire d’expériences intenses, le cinéma fantastique et d’horreur montre en accéléré les conséquences possibles ou fantasmées d’actions pas forcément perceptibles à l’échelle d’une vie. Plus le dégoût est grand, plus fort sont l’impact et le message immédiat. En tout cas, pour ma part, je me suis demandé s’il ne s’agissait pas, à travers ces fictions, d’évoquer la finitude de la vie, la peur de la mort, la névrose de la persécution présente en chacun de nous à des degrés divers, la peur de la manipulation et du destin et pour finir, la crainte collective de l’extinction de l’espèce humaine. Bon, j’extrapole, mais tout cela ne me parait pas si dénué de fondement, non ?
Je me souviens avoir assisté à une « métamorphose ». C’est vrai que dans la Nature, on ne la voit jamais, on constate le résultat. L’imagination fait le reste ou on regarde des documentaires pour se renseigner. Cette métamorphose, donc, je l’ai vue dans une fête foraine, c’était en région parisienne. Quand ? Je ne me le rappelle plus, par contre.
C’était en fait la toute première fois que j’allais dans une fête foraine. J’étais avec des copains et nous formions un groupe sympathique et bruyant dans les allées terreuses bordées d’attractions et de vitrines lumineuses. Nous voulions tout essayer avec nos trois francs six sous en poches, quitte à marchander un droit de passage gratis pour nos beaux yeux d’ados… Je sortis de mon auto-tamponneuse avec des douleurs dans le cou et une haine vengeresse contre tous les chauffards qui m’étaient rentrée dedans… Nous tentâmes ensuite ce qui pour moi représentait l’attraction suprême : le Grand 8. Nous en sortîmes en vrac, le cœur au bord des lèvres.
A peine remis, et alors que nous cherchions déjà à subir d’autres supplices, comptant les sous qui nous restait pour nous payer un peu de frayeur supplémentaire, nous entendîmes :
« Venez voir l’épouvantable bête humaine. Elle est laide, elle est poilue, elle est sauvage… Venez voir la métamorphose d'une femme en singe… Serez-vous assez courageux pour supporter le regard et l'haleine de la Femme-gorille! »
Il y avait devant un modeste chapiteau aux couleurs criardes, un petit bonhomme ventru qui gesticulait. Juché sur un escabeau et serré dans un costume impeccable, il haranguait les passants. Evidemment, je ris de concert avec mes amis, bien que l’idée de la transformation d’une femme en singe frappa mon imagination. Je la supposai immense, voutée, avec des mains gigantesques, la gueule écumante... On entra. A l'intérieur, l' espace était nu, la scène petite. Ca payait pas de mine, je commençais à regretter ma dépense.
On entendait le bonimenteur hurler, s’exciter, multiplier les qualificatifs… Une foule de badauds, qui des enfants la tête engluée de barbe à papa, qui des adolescents goguenards, qui des adultes tranquilles, finit par se presser dans l’obscurité. On dut juger que nous étions en nombre suffisant, le spectacle commença.
Un autre homme en costume arriva et d'une voix exagérément caverneuse nous présenta le spectacle. En rrrrrroulant les rrrrrr et les yeux en même temps, il nous promettait un grrrrrrand moment de frrrrrrisson. J’entendis des rires étouffés, incrédules. Et tout en faisant son show, il passait une baguette sur les barreaux d’une cage installée sur la scène, afin de nous montrer que derrière, nous observait la bête humaine. Enfin, c’était pas vraiment une bête, c’était une femme, pas très grande, qui se tenait debout. Ses mains et ses pieds étaient enchaînés par « prrrrrrrudence », ses longs cheveux lui masquaient un peu le visage et la pénombre nous empêchait de bien voir le reste de ses formes.
Apparemment satisfait de l’effet hypnotique que ses paroles avaient eu sur nous, le présentateur s’éclipsa. Nous nous retrouvâmes face à la femme prisonnière. On frappa sur un tambour. Bam. Puis sur un autre. Bôm. Puis sur un autre encore. Pâm. Ces trois tambours donneraient donc la cadence du spectacle, car la femme, jusque là immobile, commença à bouger. Elle émettait par instant des sons bizarres et secouait les barreaux. Son corps fut pris de spasmes, elle tremblait.
Intriguée et excitée à la fois, je regardais partout craignant de manquer le clou du show. Je ne voyais qu’une femme qui entrait dans une transe de plus en plus violente. La fumée qui s’échappait de nulle part, par intermittence, gênait sciemment ma vision.
Il y eut un cri : « Ses jambes, mais regardez ses jambes ! Beurk !...» Je les regardai : elles se couvraient lentement de poils, puis ses cuisses s’assombrirent, puis son ventre et ses bras. Et alors qu’elle se transformait, elle s’énervait, éructait... Les tambours tapaient et tapaient des grands coups, vite, de plus en plus vite. J’eus l’impression qu’elle grandissait et de voir ses épaules s’affaisser et ses bras pendre. Il faisait si chaud. Je n’avais d’ailleurs pas remarqué en entrant cette chaleur suffocante, ni cette odeur forte dans laquelle nous baignions, depuis combien de temps, au fait ?
La femme était à présent recouverte de poils, montrant un poitrail large de bête... Elle était parvenue à se débarrasser de ses entraves... Elle releva la tête, nous vîmes alors dans un rai de lumière, le faciès hideux et extraordinaire du primate. Et, d’un coup, on remonta sa cage. Je retins un couinement d’effroi. La femme libre, comme surprise, marqua un très court temps d’arrêt, nous fixâmes de tout son regard de bête féroce, poussa un cri terrible et se précipita sur nous, pleine de fureur. La barrière en métal installée entre la scène et le public, censée nous préserver, m' apparut dérisoire. Nous hurlâmes tous en même temps et nous précipitâmes en direction de la sortie, l’épouvante au cœur. Allait-elle nous suivre ?
La lumière du dehors nous aveugla. Nous eûmes besoin de quelques minutes pour nous reprendre. A nouveau en sécurité, nous nous entreregardâmes. Ma voisine se mit à rire, probablement les nerfs trop tendus. Avions-nous bien vu ce que nous avions vu ? Qu’avait-on cru voir ? Des gens nous observaient avec curiosité. On finit par se taper dans le dos, et puis rire, et soupirer, se persuadant les uns les autres que ce n’était que « trucage cinématographique ». En fait, on n’avait pas vraiment eu peur. On avait fait semblant… On avait payé… Et, on n’était pas dupes, non… On n’était pas dupes. « Ca n’existe pas une femme qui se change en singe. » finis- je par déclarer.
Quelqu’un dit : « On y retourne ? » Une autre : « Je suis sûre que maintenant qu’on sait ce qui va se passer, on verra mieux le truc, parce qu’il y a un truc, ça existe pas les femmes gorilles ». On avait l’air d’y croire. Néanmoins personne ne bougea. Au bout d’un moment, l’un de nous proposa d’aller s’acheter une glace, on n'émit aucune objection. Je crois qu’on était soulagés, en fait, parce qu’on avait été bien morts de trouille et qu’on n’était pas assez courageux pour revoir le spectacle. Des fois que le petit homme ventru serré dans son costume impeccable ou son acolyte, décident de nous enfermer avec la Femme-gorille.
(Les bêtes sont nos amies.)
Feutre pinceau sur papier aquarelle Fabriano, 17,5 x 17,5 cm - 2012.
"Il y a quelques années, j’ai eu un accident. Bête comme tous les accidents. Mais grave celui-là, un de ceux qui vous conduisent dare-dare aux urgences et au bloc opératoire le lendemain, avec une aiguille de 15 cm dans le dos et au lit.
Enfin, grave – selon mes propres critères - je n’avais jamais été vraiment blessée jusque-là. Donc forcément, j’aurais tendance à grossir le trait.
Je ne pouvais plus marcher. Le tendon d’Achille rompu, ma cheville flottait dès que j’avais le pied par terre. Une drôle de sensation, ce flottement. La douleur livrée avec, aiguë, et des répliques dans toute la jambe. Je me suis sentie soudain dépréciée. Je n’avais pas saisi à quel point c’était une chance d’être posée sur deux pieds valides, avant mon accident.
Les distances à parcourir me parurent anormales, longues et semées d’embuches. Ces distances pavées, pourtant familières, se changèrent en chemins compliqués qui me donnaient des cloques sur les mains et bleuissaient mes coudes appuyés sur deux béquilles craintives. Je maudissais mon inexpérience à les manier. Je les suspectai de velléités contraires et d’un esprit retors, propre à me perdre.
Quand je ne voulais pas sortir, je rampais. Tout mon petit monde avait été rapproché. Dans un sens, ça paraissait commode. Tout nouveau besoin me demandant de nouveaux calculs, j’en faisais le moins possible. Je pensai bien à sauter sur un pied dès que mon compagnon tournait le dos pour me saisir spontanément d’un objet. J’avais fait une tentative au début : le pied plâtré avait involontairement tapé contre le sol. J’avais mal évalué la hauteur. Ca m’a fait comme une décharge électrique jusque dans le dos. J’en ai eu le souffle coupé. Ce fut un essai idiot qui me dissuada.
Le soir, ma jambe coincée aspirait à des courses folles dans des champs de coquelicots écarlates. Je buvais peu d’eau pour éviter d’avoir à aller aux toilettes trop souvent. L’obscurité était à son tour devenue menaçante. Et, je vous l’ai dit, j’étais malhabile.
Je résistais à l’envie de réveiller mon ami et pourtant, comme j’avais besoin d’être deux ! Je me sentais seule, enfermée dans ma douleur, seule au monde à veiller. Et quand je parvenais à m’endormir enfin, mes nuits étaient agitées de cauchemars peuplés d’unijambistes, de femmes-troncs et de monstres tripodes.
Chaque nuit, en me couchant, je me demandais quelle nouvelle créature surgirait des limbes de mon
sommeil.
Certains jours, j’étais préoccupée. Je lisais des récits de décapitations et d’éventrations pour me distraire. La catharsis n’avait pas toujours lieu, l’activité n’était pas assez puissante pour chasser le trouble : ma jambe me grattait. J’avais été prévenue par mon infirmière à la clinique après mon passage au bloc. Si je voulais me soulager, « il fallait oublier, au risque de vous blesser sans le savoir. Ce serait une très mauvaise idée d’y glisser, par exemple, une aiguille à tricoter ou un couteau pointu. Parce que quand il y a une plaie, avec la chaleur, ça macère et quand ça macère, ça pourrit. Et comme c’est caché, on le voit que quand on enlève le plâtre. Et là, c’est trop tard. Schuitt !... On coupe. Net ! »
« Mais je n’ai pas d’aiguille à tricoter ! », lui avais –je répondu en riant jaune. Je me représentais déjà assaillie de démangeaisons si fortes que je voudrais me débarrasser de ma jambe moi-même. Et alors que je l’écoutais me faire des confidences sur de malheureuses complications auxquelles elle avait assisté, je l’imaginais m’amputer d’une jambe parfaitement saine avec un rire sardonique et une scie égoïne...
Je n’avais donc pas hâte de découvrir ce qui se cachait dans mon plâtre. Ce serait certainement atrophié, diminué, avec partout des peaux mortes semblables à d’épaisses toiles d’araignée. Il y en avait déjà plein les bords...
Ce serait, c’est sûr, mou et poilu, tel un morceau de bidoche accrochée à mon genou, pendant et sale. Un met de choix pour les mouches...
Ce serait enflé sur la couture, avec du sang caillé autour. Malgré les soins attentifs.
Du coup, je ne lisais plus. L’épouvante que je façonnais gangrénait le réel.
Quand le cocon s’est ouvert, j’eus pitié pour moi-même. C’était laid, misérable et à jamais traumatisé. Pourrai-je à nouveau me fier à mon pied?"
(Les Monologues du nombril.)
Feutre pinceau sur papier aquarelle Fabriano, 17,5 x 17,5 cm - 2012.
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